{"id":122,"date":"2026-07-17T09:26:59","date_gmt":"2026-07-17T09:26:59","guid":{"rendered":"https:\/\/lespagespapopent.fr\/?p=122"},"modified":"2026-07-17T12:18:38","modified_gmt":"2026-07-17T12:18:38","slug":"nayla-chidiac-lecriture-qui-guerit-odile-jacob","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lespagespapopent.fr\/?p=122","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e9criture qui gu\u00e9rit &#8211; Nayla Chidiac"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"reading-tag wp-block-paragraph\">Lectrice : Juliette<\/p>\n\n\n\n<p class=\"reading-tag wp-block-paragraph\">Avis : Bonne lecture<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne lis presque jamais d&rsquo;essais. Mes \u00e9tag\u00e8res d\u00e9bordent de romans et de biographies \u2014 des histoires, des vies, des voix qui racontent. Un essai, ce n&rsquo;est pas mon terrain habituel, ce n&rsquo;est pas l\u00e0 que je vais chercher refuge. Alors pourquoi celui-l\u00e0, pourquoi maintenant ? Parce que j&rsquo;esp\u00e9rais, je crois, y trouver une r\u00e9ponse \u00e0 une question que je n&rsquo;ose pas toujours me poser : comment arrachons-nous les mots qui restent enfouis, qui ne sortent jamais ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n&rsquo;ai pas trouv\u00e9 de r\u00e9ponse, mais j&rsquo;ai trouv\u00e9 mieux : une gratitude que je n&rsquo;attendais pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nayla Chidiac est psychologue clinicienne, sp\u00e9cialiste du traumatisme psychique, fondatrice des ateliers d&rsquo;\u00e9criture th\u00e9rapeutique \u00e0 Sainte-Anne. Dans cet essai, elle explore le lien entre l&rsquo;\u00e9criture et la guerre : comment les mots, chez les \u00e9crivains qui l&rsquo;ont travers\u00e9e, deviennent parfois le seul endroit habitable. Elle le dit elle-m\u00eame : \u00ab\u00a0Nous avons tous besoin d&rsquo;histoires, de r\u00e9cits, de mots pour donner une forme \u00e0 l&rsquo;informe de la guerre.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne connais pas la guerre, ni de pr\u00e8s ni de loin. Et pourtant, dans les sympt\u00f4mes qu&rsquo;elle d\u00e9crit \u00e0 travers son ab\u00e9c\u00e9daire d&rsquo;auteurs, je me suis reconnue, page apr\u00e8s page, avec une pr\u00e9cision presque douloureuse. D&rsquo;autres guerres existent, silencieuses, sans champ de bataille ni t\u00e9moin, qui laissent les m\u00eames traces : ce m\u00eame enfermement, ce m\u00eame vide qu&rsquo;on porte sans jamais le nommer. Nayla Chidiac cite Rachel Rosenblum, pour qui \u00ab\u00a0on peut mourir de dire\u00a0\u00bb\u2014 et Marguerite Duras, qui d\u00e9finissait l&rsquo;\u00e9criture comme une fa\u00e7on de \u00ab\u00a0hurler sans bruit\u00a0\u00bb. C&rsquo;est exactement cela : il y a en moi des mots qui cognent depuis longtemps, qui voudraient sortir et n&rsquo;y parviennent jamais \u2014 comme un cri rest\u00e9 au fond du coeur, jamais pouss\u00e9. Eug\u00e8ne Ionesco disait que \u00ab\u00a0le mot emp\u00eache le silence de parler\u00a0\u00bb ; je crois que c&rsquo;est l&rsquo;inverse qui m&rsquo;habite depuis toujours, un silence qui emp\u00eache le mot de na\u00eetre. Ce livre ne me les a pas donn\u00e9s, ces mots. Mais il m&rsquo;a appris quelque chose que je ne savais pas : que ce silence a un nom : le silence traumatique, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas une fatalit\u00e9, qu&rsquo;un chemin existe pour le traverser. Le prendrai-je un jour ? Je n&rsquo;en sais rien. Mais savoir que la porte existe, m\u00eame ferm\u00e9e, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0, pour moi, un commencement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne suis pas critique litt\u00e9raire. Je suis une lectrice passionn\u00e9e, de celles qui d\u00e9vorent les livres depuis l&rsquo;enfance, qui en ont fait un compagnonnage de toute une vie \u2014 et c&rsquo;est avec cette seule l\u00e9gitimit\u00e9-l\u00e0 que je parle de ce livre. Nayla Chidiac est une femme trop cultiv\u00e9e, trop habit\u00e9e par la litt\u00e9rature pour livrer un texte ti\u00e8de. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 transport\u00e9e par sa plume, po\u00e9tique, savante, ma\u00eetris\u00e9e, qui ne se contente jamais de commenter mais qui pense avec ses auteurs \u2014 croisant litt\u00e9rature, histoire et psych\u00e9 pour penser l&rsquo;\u00e9criture non comme un rem\u00e8de, mais comme un appui. Elle r\u00e9sume d&rsquo;ailleurs sa d\u00e9marche mieux que je ne saurais le faire : \u00ab\u00a0Je ne cherche pas \u00e0 faire \u00e9crire bien, je cherche \u00e0 faire \u00e9crire vrai.\u00a0\u00bb C&rsquo;est exactement ce que ce livre a r\u00e9veill\u00e9 en moi : l&rsquo;envie d&rsquo;essayer enfin d&rsquo;\u00e9crire, ou du moins d&rsquo;y r\u00e9fl\u00e9chir s\u00e9rieusement \u2014 non pas pour \u00eatre publi\u00e9e, mais pour \u00eatre lib\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce n&rsquo;est pas un livre facile ni imm\u00e9diatement accessible : l&rsquo;\u00e9rudition y est dense, et l&rsquo;ab\u00e9c\u00e9daire qui compose sa seconde partie est r\u00e9solument subjectif \u2014 Nayla Chidiac ne s&rsquo;en cache pas, ce sont ses auteurs, ses attachements. Mais c&rsquo;est justement ce qui le rend riche : il donne envie de relire certains classiques, et d&rsquo;en d\u00e9couvrir tant d&rsquo;autres que je ne connaissais pas. Certes, rien dans ce livre ne prouve que l&rsquo;\u00e9criture gu\u00e9rit tout le monde. Mais il d\u00e9montre, pour chacun des auteurs cit\u00e9s, combien elle a \u00e9t\u00e9 une aide essentielle pour tenir. N&rsquo;est-ce pas d\u00e9j\u00e0, en soi, suffisamment important ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un livre que je referme diff\u00e9rente de celle qui l&rsquo;a ouvert.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lectrice : Juliette Avis : Bonne lecture Je ne lis presque jamais d&rsquo;essais. Mes \u00e9tag\u00e8res d\u00e9bordent de romans et de biographies \u2014 des histoires, des vies, des voix qui racontent. Un essai, ce n&rsquo;est pas mon terrain habituel, ce n&rsquo;est pas l\u00e0 que je vais chercher refuge. Alors pourquoi celui-l\u00e0, pourquoi maintenant ? 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