{"id":237,"date":"2026-08-07T13:13:12","date_gmt":"2026-08-07T13:13:12","guid":{"rendered":"https:\/\/lespagespapopent.fr\/?p=237"},"modified":"2026-08-07T14:21:05","modified_gmt":"2026-08-07T14:21:05","slug":"david-benaym-captif","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lespagespapopent.fr\/?p=237","title":{"rendered":"David Benaym \u2014 Captif"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"reading-tag wp-block-paragraph\">Lectrice : Juliette<\/p>\n\n\n\n<p class=\"reading-tag wp-block-paragraph\">Avis : Coup de coeur<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>#journal<\/strong> \u2014 Captif se lit comme on subit un compte \u00e0 rebours \u2014 et \u00e7a commence l\u00e0, ce sentiment d&rsquo;assister \u00e0 quelque chose sans pouvoir intervenir. Un journal de bord, jour apr\u00e8s jour, \u00e9crit 4 ans apr\u00e8s la captivit\u00e9 mais comme s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9crit \u00e0 vif sans le recul qu&rsquo;offre le temps qui passe. David Benaym, grand reporter habitu\u00e9 \u00e0 raconter les guerres des autres, part au Nigeria en juillet 2021 filmer les Igbos, une tribu qui se dit descendante d&rsquo;Isra\u00ebl. Et en quelques heures, badaboum, lui et ses 2 cong\u00e9n\u00e8res deviennentt le sujet de l&rsquo;histoire \u2014 une histoire autrement plus sombre que celle qu&rsquo;ils \u00e9taient venus chercher. Le proc\u00e9d\u00e9 narratif colle \u00e0 l&rsquo;os : pas de mise \u00e0 distance, pas de vernis, on est dedans, dans l&rsquo;imm\u00e9diat, dans le visc\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>#candeur \u2014 <\/strong>On ressent de la na\u00efvet\u00e9, l&rsquo;\u00e9criture est simple, parfois candide m\u00eame. On s&rsquo;\u00e9tonne qu&rsquo;ils n&rsquo;aient pas mieux pr\u00e9par\u00e9 leur voyage, on se dit \u00ab si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 \u00e0 leur place j&rsquo;aurais fait \u00e7a, pas \u00e7a \u00bb \u2014 comme devant un bon film o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;agace que les h\u00e9ros qu&rsquo;on adore courent droit dans la gueule du loup sans qu&rsquo;on puisse rien y faire, alors qu&rsquo;on voit bien qu&rsquo;ils ne pensent pas \u00e0 tout, et \u00e7a nous \u00e9nerve !! Oui, mais c&rsquo;est facile quand on est bien au chaud dans son canap\u00e9, un th\u00e9 fumant sur la table basse et Vivaldi en fond sonore. La vraie question, c&rsquo;est : qui aurait fait mieux ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au fil de la lecture, on sent l&rsquo;auteur avancer sans jamais vraiment se retourner sur ce qu&rsquo;il vient de vivre, ni d&rsquo;\u00e9crire. Les pens\u00e9es se r\u00e9p\u00e8tent, la construction n&rsquo;ob\u00e9it \u00e0 aucune architecture. Lui-m\u00eame le revendique : d&rsquo;abord j&rsquo;agis, ensuite je r\u00e9fl\u00e9chis. Il est impulsif, spontan\u00e9, entier, grande gueule. Il est juif, homosexuel, veuf, malade, orphelin de sa m\u00e8re. Ce journaliste aux identit\u00e9s multiples, cultiv\u00e9, comp\u00e9tent, rompu au monde entier, a lui aussi ses fragilit\u00e9s b\u00e9antes \u2014 et c&rsquo;est par ses failles qu&rsquo;il laisse filtrer sa propre lumi\u00e8re. Remarquable. Ce qu&rsquo;il garde pour lui, avec une tr\u00e8s grande pudeur, c&rsquo;est ce que j&rsquo;attendais : un souffle plus haut. Il ne viendra pas. Je le regrette, mais je comprends aussi pourquoi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>#survie<\/strong> \u2014 Ce qui \u00e9l\u00e8ve le livre c&rsquo;est sa tonalit\u00e9. Pas une once de victimisation l\u00e0 o\u00f9 tout, absolument tout, l&rsquo;y autorisait. <mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-luminous-vivid-amber-color\">\u00ab J&rsquo;aurais d\u00e9j\u00e0 d\u00fb mourir dix fois. Si vous lisez ces pages, c&rsquo;est que je suis toujours l\u00e0. \u00bb<\/mark> Cette phrase, pos\u00e9e en ouverture comme un coup de poing, donne le tempo de tout ce qui suit : cash, increvable, pas du genre \u00e0 s&rsquo;apitoyer sur le d\u00e9tail qui plombe. Il fonce, il se bat pour s&rsquo;en sortir, point. Et c&rsquo;est l\u00e0 le petit miracle du livre : cette \u00e9conomie de moyens qui, litt\u00e9rairement, lui joue des tours, devient une force d\u00e8s qu&rsquo;il s&rsquo;agit de raconter la survie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>#identit\u00e9s<\/strong> \u2014 Le vrai sujet du livre, en creux, c&rsquo;est peut-\u00eatre moins l&rsquo;enl\u00e8vement que ce pi\u00e8ge \u00e0 tiroirs qu&rsquo;il d\u00e9crit malgr\u00e9 lui : dans un pays o\u00f9 l&rsquo;homosexualit\u00e9 se paie de la lapidation, chaque identit\u00e9 qu&rsquo;on porte peut devenir, du jour au lendemain, une preuve \u00e0 charge. Ce n&rsquo;est pas le rebondissement qui tient le lecteur en haleine, c&rsquo;est \u00e7a \u2014 cette accumulation silencieuse de raisons d&rsquo;avoir peur, qu&rsquo;on d\u00e9couvre presque en m\u00eame temps que lui, au fil des pages, comme s&rsquo;il ne les avait pas vraiment vues venir non plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>#pudeur<\/strong> \u2014 Il y a quelque chose de touchant chez cet homme qui, page apr\u00e8s page, tire toujours vers le haut, presque sans le vouloir. Guerrier de la lumi\u00e8re, oui. Mais un guerrier qui met \u00e0 nu les faits sans jamais vraiment se mettre \u00e0 nu lui-m\u00eame : la pudeur des sentiments reste intacte derri\u00e8re l&rsquo;exposition brute des situations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On referme Captif convaincu par l&rsquo;homme \u2014 et d\u00e9j\u00e0 en haleine pour la suite : viendra-t-il un jour nous raconter cette lumi\u00e8re n\u00e9e dans l&rsquo;obscurit\u00e9, une lumi\u00e8re nomm\u00e9e Ydan Shalom ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"reading-tag wp-block-paragraph\">Juillet 2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lectrice : Juliette Avis : Coup de coeur #journal \u2014 Captif se lit comme on subit un compte \u00e0 rebours \u2014 et \u00e7a commence l\u00e0, ce sentiment d&rsquo;assister \u00e0 quelque chose sans pouvoir intervenir. 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