Les pages papotent

Frédéric Lenoir — Cœur de cristal

Lectrice : Juliette

Avis : Coup de coeur

#conte-initiatique — Ce n’est pas un roman, c’est un conte, et Lenoir assume pleinement le genre : un royaume lointain, un prince maudit, une quête à travers le monde. La forme est celle du Petit Prince revisité par un philosophe, avec ses chapitres courts, chacun ouvert sur une citation qui donne le ton avant même que l’histoire ne reprenne. On pourrait y voir de la facilité ; c’est en réalité un choix — celui de la sagesse qui se transmet par l’image simple plutôt que par la démonstration.

#gangue — Le cœur du prince est enfermé dans du cristal depuis sa naissance : il ne ressent rien, ni la joie ni la peine, ni l’amour ni le manque. C’est une métaphore un peu appuyée, presque enfantine, et pourtant terriblement efficace — car qui n’a jamais construit sa propre gangue, sa propre armure contre ce qui pourrait faire mal ?

#transmission — Le récit est raconté par un roi à sa petite-fille, qui vient de perdre son chien. Ce cadre n’est pas anodin : Lenoir écrit un livre sur le deuil et l’amour à hauteur d’enfant, mais qui parle tout autant, sinon davantage, aux adultes qui l’accompagnent. Le conte devient un pont entre les générations, une manière de dire l’indicible sans jamais nommer frontalement la douleur.

#dégel — C’est peut-être là que le livre m’a le plus touchée : cette idée qu’on ne force pas un cœur à s’ouvrir, qu’il faut du temps, un feu suffisamment patient, et parfois la bonne personne au bon moment. Une histoire qui ne juge jamais le prince pour son incapacité à aimer — elle l’accompagne, simplement, jusqu’à ce que la glace cède.

#universel — On pourrait reprocher à Lenoir sa morale sans aspérité, ses phrases un peu trop belles pour être vraies. Mais c’est justement ce qui fait la force du livre : il ne cherche pas à surprendre, il cherche à faire du bien, et il y parvient.

Une lecture qui se referme comme on referme une parenthèse douce dans une période rude.

Mars 2020 – Confinement Covid 19

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