Les pages papotent

Leïla Slimani — Regardez-nous danser — Tome 2 de la trilogie « Le pays des autres »

Lectrice : Juliette

Avis : Je recommande

#aïcha — C’est Aïcha qui porte ce tome, et je n’ai cessé d’attendre qu’on y revienne. Première de la famille à faire des études, elle part à Strasbourg pour la médecine, et se heurte à un pays aux préjugés encore coloniaux et racistes, où il lui est difficile de se faire véritablement une place. Un critique note d’ailleurs que le second volume déplace le centre de gravité du récit vers les enfants d’Amine et Mathilde — et c’est précisément ce basculement qui m’a happée. Chaque page consacrée à d’autres personnages me semblait un détour ; je n’avais qu’une hâte, retrouver son regard à elle, tiraillé entre deux mondes qui ne se laissent pas si facilement habiter.

#immersion — Comme dans le tome 1, j’ai retrouvé ce plaisir presque physique de m’immerger dans le Maroc de ces années-là — sentir la mer, les embruns d’Essaouira. Slimani excelle à faire de cette période un terrain vivant plutôt qu’un simple décor : un pays sorti du protectorat depuis plus d’une décennie, traversé par les tensions entre hédonisme et répression, entre aspiration à la modernité occidentale et maintien d’archaïsmes ancrés. C’est cette ambivalence-là, incarnée et non théorisée, qui rend le roman aussi immersif.

#malimbriqué — Digne suite du tome 1 mais avec de nombreux passages qui m’ont semblé déconnectés du reste du texte, comme rattachés de force à une histoire qui n’était pas tout à fait la leur — presque un autre texte, glissé dans celui-ci. Ce sentiment rejoint ce que d’autres lecteurs pointent : une intrigue qui s’attarde, au risque de ralentir le scénario et d’épuiser le lecteur. Chez moi, ça n’a pas tant épuisé que déçu — j’attendais une continuité, une fluidité que je n’ai pas toujours retrouvée.

#malademer — La vague hippie, elle, m’a donné le mal de mer. Essaouira devient un vrai point de ralliement pour les routards venus d’Europe et des États-Unis, une halte avant Katmandou pour certains, un terrain de jeu où l’on prône l’amour libre et la consommation de stupéfiants pour d’autres, et Selim s’y noie. C’est très réussi à l’écriture, je le reconnais — mais ce n’est simplement pas un univers qui m’attire. D’ailleurs cette section n’a pas fait l’unanimité : certains lecteurs y voient des épisodes qui, au risque de ralentir le scénario, finissent par épuiser un peu le lecteur. Je partage ce ressenti — trop de temps passé loin d’Aïcha, à attendre qu’on la lui rende.

#lumineux — Je rejoins l’avis général sur les personnages secondaires et l’intrigue qui s’étire par endroits. Mais malgré ça, ce second tome reste assez lumineux dans l’ensemble — sûrement parce qu’il est porté par la jeunesse, par cette énergie de ceux qui essaient encore de se trouver une place, un chemin, avant que le monde ne se referme sur eux.

Juillet 2025

Les pages papotent

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