Les pages papotent

Leïla Slimani — J’emporterai le feu — Tome 3 de la trilogie « Le pays des autres »

Lectrice : Juliette

Avis : Je recommande

#mélancolie — Ce troisième tome referme une trilogie traversée de bout en bout par une mélancolie sourde, presque héréditaire. Slimani y déploie une très grande maîtrise de la narration pour interroger l’identité, la position des Français au Maroc, celle des Marocains hors du Maroc — ce entre-deux permanent qui ne se résout jamais tout à fait, et qui semble se transmettre, intact, d’une génération à l’autre.

#fragmentation — Je regrette l’isolement des chapitres. Peut-être est-ce un choix assumé, une façon de mettre en forme l’isolement identitaire lui-même — chacun dans sa case, chacun dans son exil. Mais à mes yeux, cela crée trop de grands écarts entre les personnages, pas assez de fils tendus entre eux. On perd en continuité ce qu’on gagne en effet de style. Dommage, parce que la matière était là.

#déception — Globalement, je m’attendais à un tome 2 et un tome 3 moins décevants après la force du premier. La saga s’essouffle un peu en chemin, comme si l’ambition narrative du départ peinait à tenir sur la durée.

#dentelle — Et pourtant, la fin du tome 3 est de la dentelle. C’est comme si l’autrice s’autorisait enfin à se laisser aller, à écrire plus librement, plus sensiblement — comme si elle s’était retenue jusque-là et que tout se dénouait dans ces dernières pages. Ça fait du bien de la lire ainsi, débarrassée d’une forme de retenue qui pesait sur le reste du roman.

#papillonsbelledame — Le titre que je donne à cette note vient d’une image que l’auteur développe elle-même dans le livre : celle des papillons Belle-Dame, ces grands migrateurs qui traversent les continents sur plusieurs générations « ce n’est jamais celui qui part qui arrive à destination, mais son petit-enfant » . Une métaphore magnifique de l’immigration, loin des discours simplistes : un mouvement lent, continu, qui ne s’achève jamais dans une seule vie. C’est sans doute l’image la plus juste de toute la trilogie.

Ma préférence narrative va au tome 1.

Ma préférence affective va au tome 2.

Ma préférence thématique va au tome 3.

Lire Leïla Slimani, c’est voyager dans la langue française en terres étrangères, le cœur tiraillé entre deux mondes.

Aout 2025

Les pages papotent

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