
David Benaym — Captif
Lectrice : Juliette
Avis : Coup de coeur
#journal — Captif se lit comme on subit un compte à rebours — et ça commence là, ce sentiment d’assister à quelque chose sans pouvoir intervenir. Un journal de bord, jour après jour, écrit 4 ans après la captivité mais comme s’il avait été écrit à vif sans le recul qu’offre le temps qui passe. David Benaym, grand reporter habitué à raconter les guerres des autres, part au Nigeria en juillet 2021 filmer les Igbos, une tribu qui se dit descendante d’Israël. Et en quelques heures, badaboum, lui et ses 2 congénères deviennentt le sujet de l’histoire — une histoire autrement plus sombre que celle qu’ils étaient venus chercher. Le procédé narratif colle à l’os : pas de mise à distance, pas de vernis, on est dedans, dans l’immédiat, dans le viscéral.
#candeur — On ressent de la naïveté, l’écriture est simple, parfois candide même. On s’étonne qu’ils n’aient pas mieux préparé leur voyage, on se dit « si j’avais été à leur place j’aurais fait ça, pas ça » — comme devant un bon film où l’on s’agace que les héros qu’on adore courent droit dans la gueule du loup sans qu’on puisse rien y faire, alors qu’on voit bien qu’ils ne pensent pas à tout, et ça nous énerve !! Oui, mais c’est facile quand on est bien au chaud dans son canapé, un thé fumant sur la table basse et Vivaldi en fond sonore. La vraie question, c’est : qui aurait fait mieux ?
Au fil de la lecture, on sent l’auteur avancer sans jamais vraiment se retourner sur ce qu’il vient de vivre, ni d’écrire. Les pensées se répètent, la construction n’obéit à aucune architecture. Lui-même le revendique : d’abord j’agis, ensuite je réfléchis. Il est impulsif, spontané, entier, grande gueule. Il est juif, homosexuel, veuf, malade, orphelin de sa mère. Ce journaliste aux identités multiples, cultivé, compétent, rompu au monde entier, a lui aussi ses fragilités béantes — et c’est par ses failles qu’il laisse filtrer sa propre lumière. Remarquable. Ce qu’il garde pour lui, avec une très grande pudeur, c’est ce que j’attendais : un souffle plus haut. Il ne viendra pas. Je le regrette, mais je comprends aussi pourquoi.
#survie — Ce qui élève le livre c’est sa tonalité. Pas une once de victimisation là où tout, absolument tout, l’y autorisait. « J’aurais déjà dû mourir dix fois. Si vous lisez ces pages, c’est que je suis toujours là. » Cette phrase, posée en ouverture comme un coup de poing, donne le tempo de tout ce qui suit : cash, increvable, pas du genre à s’apitoyer sur le détail qui plombe. Il fonce, il se bat pour s’en sortir, point. Et c’est là le petit miracle du livre : cette économie de moyens qui, littérairement, lui joue des tours, devient une force dès qu’il s’agit de raconter la survie.
#identités — Le vrai sujet du livre, en creux, c’est peut-être moins l’enlèvement que ce piège à tiroirs qu’il décrit malgré lui : dans un pays où l’homosexualité se paie de la lapidation, chaque identité qu’on porte peut devenir, du jour au lendemain, une preuve à charge. Ce n’est pas le rebondissement qui tient le lecteur en haleine, c’est ça — cette accumulation silencieuse de raisons d’avoir peur, qu’on découvre presque en même temps que lui, au fil des pages, comme s’il ne les avait pas vraiment vues venir non plus.
#pudeur — Il y a quelque chose de touchant chez cet homme qui, page après page, tire toujours vers le haut, presque sans le vouloir. Guerrier de la lumière, oui. Mais un guerrier qui met à nu les faits sans jamais vraiment se mettre à nu lui-même : la pudeur des sentiments reste intacte derrière l’exposition brute des situations.
On referme Captif convaincu par l’homme — et déjà en haleine pour la suite : viendra-t-il un jour nous raconter cette lumière née dans l’obscurité, une lumière nommée Ydan Shalom ?
Juillet 2026

Celui-ci va vite arriver dans ma pile à lire !